CHARLES GARNIER

03.16.2016

 

 

 

POUR L'OPÉRA

 

 

À 35 ans, il vole la vedette à son professeur le grand restaurateur de monuments médiévaux, Eugène Viollet-Leduc, cela avec un seul immeuble à son actif. Charles Garnier est désigné en 1861 à l'unanimité pour construire le monumental nouvel Opéra de Paris. Il inaugure ainsi son propre style, mariant allègrement influences baroques et Renaissance, qu'il définira comme style "Napoléon III" à la femme de ce dernier, l'Impératrice Eugénie de Montijo qui le trouvait bâtard et ne parvenait pas à le nommer.

 

Quinze années, dont une guerre franco-prussienne, pour enfin voir son oeuvre achevée. Quinze longues années au bout desquelles il eut envie de communiquer son ressenti dans deux volumes " Le Nouvel Opéra ". Une bible de souvenirs liée à ce lieu vivant toujours aussi mystérieux et habité, dont la personnalité reflète l'âme d'un créateur courageux et passionné. Un homme franc et libre, pressé de s'exprimer enfin, et sans peur de se remettre en question, ni de défendre son originalité. C'est ce que nous découvrons avec bonheur dans ces deux précieux tomes, au milieu de précisions techniques et autres descriptions sur la conception, la décoration, le coût et autres détails croustillants de l'histoire de l'Opéra, du "Palais Garnier".

 

 

" À côté de lourdeurs regrettables, il y a des élégances parfaites, et n'eussé-je fait que la loggia du premier étage et employé des marbres de divers tons, que je croirais avoir rempli largement mon devoir d'artiste, en me trompant quelquefois, il est vrai; mais en allant hardiment sans trop suivre les chemins battus !

Ah! Vous tous qui êtes sans pitié pour les erreurs des architectes, vous êtes-vous dit ceci : que seuls, peut-être, parmi les artistes et les producteurs ils doivent réussir de prime abord !

 

 

Pour eux point de répétitions, point de retouches, point de ratures ! Ils travaillent au jour le jour, devant les yeux du public, et ne voient en somme leur oeuvre que lorsqu'elle est terminée.

Qui d'entre vous voudrait accepter cette terrible responsabilité ? Est-ce vous, auteurs dramatiques ou lyriques, qui pouvez modifier votre oeuvre au fur et à mesure qu'elle s'étudie ? Est-ce vous, peintres, qui laissez et reprenez à votre choix vos cartons et vos toiles et qui ne livrez vos tableaux que lorsque vous les jugez parfaits? Est-ce vous enfin, écrivains, qui pouvez corriger votre copie et vos épreuves jusqu'à ce que vous soyez satisfaits? Tout, en somme, ne se fait ici-bas qu'au moyen d'essais : on essaie les bottes et les habits avant de les livrer; le cuisinier goûte ses sauces avant de les servir; les architectes seuls doivent aller sans tâtonner et, sans hésiter, mettre du premier coup la balle dans le milieu de la cible. Quant à moi, j'ai mis quelques balles en dehors du but ! N'importe ! malgré cela je remporte mon carton de tir sans trop rougir de ma maladresse !... "

 

 Le Nouvel Opéra " par Charles Garnier, Volume I " et  Le Nouvel Opéra " par Charles Garnier, Volume II

Sur Gallica.bnf.fr

 

À lire également :  " Opéra de Paris, coulisses et secrets du Palais Garnier " Par Jean-Philippe Saint-Geours et Christophe Tardieu

 

 

 

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